S02E04 – Dévalider le sport

Oct 1, 2026 | Épisodes

Paris, été 2024. Pendant 10 jours, des athlètes en situation de handicap ont crevé l’écran. Pour une fois ils et elles n’étaient plus seulement toléré·es, mais visibilisé·es, célébré·es, glorifié·es. La promesse était belle : ces Jeux allaient enfin changer notre regard sur le handicap. Mais est-ce vraiment cela, qu’attendent les personnes handicapées ? Ces injonctions à l’exploit font-elles reculer le validisme, ce système d’oppression que ces personnes subissent ? Deux ans après la séquence des Jeux Olympiques et Paralympiques, la pratique sportive est-elle devenue une réalité accessible pour les 12 millions de personnes handicapées en France ? Suivez-nous dans cet épisode de Vent Debout avec Kattel Ropert et Lydie Raër

 

« Comme quoi, le plan B est parfois bien meilleur que le plan A ! » nous lance avec humour Charline Dreux, responsable de la section handisub du club Subaquatique de Lorient, lorsqu’elle nous rejoint sur la plage bretonne où nous nous trouvons.

En raison de la canicule qui sévit en France en ce mois d’août 2026, y compris en Bretagne, la piscine de Lorient où nous devions initialement tourner notre épisode a annulé tous ses cours du soir. La priorité, et c’est bien normal, est de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à cet îlot de fraîcheur.

Qu’à cela ne tienne ! Changement de programme à la dernière minute. Notre invitée du jour, Kattel Ropert, et son coach Alain, improvisent une alternative.

Direction la plage du Courégant pour un cours d’apnée statique en mer, à marée basse. Une première pour notre athlète, qui est pourtant une habituée des plages locales, puisqu’elle a été vice championne du monde de parasurf avant de se convertir à l’apnée.

Crédit Photo : Lucie Francini 

« Ici, c’est la plage de mon enfance. C’est là que j’ai appris à nager, et c’est aussi là que mes enfants ont appris à nager. »

Kattel Ropert 

Kattel est une femme de mouvement. Maman de cinq enfants, hyperactive et téméraire, elle a fait du sport toute sa vie. Seulement voilà, il y a 8 ans, un accident lui a écrasé la moelle épinière et provoqué une tétraplégie. Cela aurait pu tout renverser, mais loin de vouloir rester à « regarder le plafond », cette dernière s’est peu à peu reconstruite, avec l’aide du surf et la volonté de retrouver le mouvement qui caractérisait tant sa vie d’avant.

 

Crédit Photo : Lucie Francini 

« J’étais avide de ressentir des choses dans mon corps. La première fois que j’ai fait du surf j’ai kiffé pouvoir quitter mon fauteuil et prendre le contrôle d’un autre support. D’arriver à aller là où je voulais, et de retrouver cet élément, l’eau, auquel je tiens tant. »

Kattel Ropert

Kattel a beau avoir été championne de parasurf, son regard sur le parasport n’en reste pas moins lucide et critique. Elle déplore notamment un secteur qui manque encore d’une réelle volonté d’inclusion, où les décisions sont trop souvent prises sans consulter les personnes concernées, et où la question du handicap sert parfois de simple caution pour capter des subventions.

Vous l’aurez compris, dans cet épisode de Vent Debout, nous plongeons au cœur des réalités du parasport. Plus de deux ans après l’euphorie des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, ces derniers, ont-ils tenu leurs promesses et changé la donne pour les personnes en situation de handicap ? Quelles luttes reste-il à mener ?

Pour aborder ce sujet, et dépasser légèrement le cadre strict du sport, nous avons également interrogé Lydie Raër, membre de la coordination du collectif féministe antivalidiste Les Dévalideuses. Elle nous explique notamment, comment le handicap est souvent la dernière roue du carrosse des luttes féministes en France. Et aussi, ce que cela représente pour les personnes concernées de vivre dans une société profondément validiste.

 

Crédit Photo : Teresa Suarez 

« Dans les médias, il y a d’un côté le Téléthon, qui alimente un imaginaire misérabiliste du handicap, et de l’autre les sportifs paralympiques, qui sont représentés comme des super-héros dépassant leur handicap grâce au sport. Nous demandons simplement à avoir une place entre les deux, sans avoir à être ni l’un ni l’autre. »

Lydie Raër

La nuit tombe doucement sur le bord de plage où nous célébrons la fin de la saison sportive, autour d’un apéritif convivial et de quelques crêpes bretonnes. Il est temps de ranger nos affaires et de faire sécher les combi.

Bonne écoute à toutes et tous 

 

Cet épisode a été produit grâce au soutien de la fondation Salomon. Merci à eux. 

Empreinte carbone

Train
Paris <> Lorient | 1006km | 2,95 kg CO2e

Voiture
Treffiagat <> Lorient | 90km | 3,03 kg CO2e

Total
5,98kg CO2e

(source : Ademe)

Sources et références

Le site internet du collectif Les Dévalideuses. 

Le site internet de Salomon Foundation

Le site internet de Lucie Francini, photographe de l’épisode. 

Le livre de Charlotte Puiseux, De Chair et de fer (éd. La découverte). 

L’article, Les Jeux paralympiques, l’heure de rappeler que « les personnes handicapées n’ont pas pour but d’inspirer », Libération.  

Le rapport : Stratégie nationale Sport et Handicap 2030 : construire une politique inclusive du sport (Juin 2026)

Le site internet des Clubs inclusifs 

Le dispositif Trouve ton parasport 

Le handiguide du ministère 

En coup de coeur : le documentaire Valables de Melina Boetti

La thèse « De la physique à la pratique physique : la promotion du sport » de Laura Lemahieu

Et pour finir, un hommage à Charlotte Puiseux, qui nous a quittés au mois d’août dernier. Ses écrits et son travail ont profondément nourri et influencé la réalisation de cet épisode.